Les deux visages d’un seul Cameroun.
Il y avait du champagne, du vin blanc, du vin rouge et la bière coulait à flots. La version officielle voudrait que l’on dise que le Cameroun célébrait son indépendance, obtenue de haute lutte le 1er janvier 1960 face au colon français. C’est d’ailleurs pour marquer l’unité du pays que le Cameroun fête sa journée nationale le 20 mai. Mais l’autre version, celle-là amère, nous rappelle que pour le Cameroun, le temps de l’indépendance n’a pas été mis à profit pour le développement du peuple camerounais, grand peuple au centre de l’Afrique. Par contre, les autorités politiques et intellectuelles ont clochardisé le Camerounais lambda..

Le protocole de La Haye face aux réalités du pays
Ceci se sentait pendant cette célébration de la fête nationale du “continent en miniature” au Marriott Hotel de La Haye aux Pays-Bas ce vendredi 22 mai 2026. Au-delà des Camerounais officiels et non officiels, la salle était remplie par les représentants de nombreuses ambassades accréditées aux Pays-Bas, tous venus observer le protocole. Au milieu de ce parterre international, les officiels camerounais étaient dans la salle en train d’écouter les éloges des Camerounais officiels. Le discours de Madame l’ambassadrice a été précédé par celui du directeur Afrique au département des Affaires étrangères des Pays-Bas.

le Souverain Pontife n’avait pas hésité à aborder de front les maux qui rongent le pays
Il a loué les montagnes, le Ndolé, la diversité des ethnies qui font la force du pays.
Une rhétorique très lissée rappelant pourtant, par contraste, les mots bien plus tranchants du Pape Léon XIV lors de son récent passage au Cameroun. Devant le gouvernement à Yaoundé, le Souverain Pontife n’avait pas hésité à aborder de front les maux qui rongent le pays, fustigeant ouvertement le fléau de la corruption et appelant les autorités civiles à se mettre véritablement au service du bien commun et des plus vulnérables. Une critique sévère qui résonnait étrangement dans cette salle feutrée alors que la première Camerounaise des Pays-Bas commençait son discours, dans lequel elle faisait naturellement l’éloge de son boss, Paul Biya, 93 ans et plus de 40 ans au pouvoir, et qui a remporté le dernier scrutin d’octobre 2025 sans concurrence aucune.

L’incident : l’efficacité bureaucratique à l’épreuve d’un malaise
Mais un événement a exigé toute notre attention et a interrompu le discours de Madame l’ambassadrice : un Camerounais s’est écroulé. Nous nous sommes hâtés d’intervenir sous le regard des diplomates étrangers. Alors que tout le monde s’étonnait que l’ambulance n’arrive pas tout de suite, je me suis retrouvé à répondre à l’interrogatoire de la personne au bout du fil, qui devait tout savoir sur le patient pour décider s’il était nécessaire ou non d’envoyer des secours.
le patient n’a rien de grave qui nécessite une ambulance
Des questions en cascade : La personne est-elle consciente ? Peut-elle respirer ? Est-ce qu’elle saigne ? Peut-elle parler ? Quel est son numéro d’identification ? A-t-elle d’autres maladies ? Consomme-t-il des médicaments ? Et après tout cela, je devais passer le téléphone au patient pour qu’il réponde aux mêmes questions… Après une trentaine de minutes passées en ligne, le verdict est tombé : le patient n’a rien de grave qui nécessite une ambulance. “Mettez-le à l’ombre”. C’était un malaise provoqué par la chaleur.

Mon petit conseil au passage : portez des habits appropriés au climat. Il faisait presque 30 degrés ce jour-là, ce n’était donc pas le moment de sortir les grands costumes.

Combien d’argent envoyer au pays ?
Le Camerounais non officiel présent à la cérémonie avait quant à lui en tête les récentes élections au pays qui ont mené aux massacres et au désordre, et non au changement. Sans oublier le conflit dans la partie anglophone. Les Camerounais des Pays-Bas étaient hors de la salle, occupés ou préoccupés à faire des calculs : combien d’argent ils allaient envoyer au pays pour aider les familles que le Cameroun officiel a laissées pour compte..

L’union sacrée autour de la culture
La bonne nouvelle est que les deux Camerounais que j’ai vus, l’officiel et le non-officiel, étaient tous unis dans le patriotisme autour d’un Ndolé délicieux, sous le rythme d’un Makossa envoûtant.
Alphonse Muambi





